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Les 3 coquilles |
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Chaque chemin peut devenir une expérience unique pour tenter d'aller
à la recherche de soi.
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ESPOIR |
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Mariés
depuis 22 ans, la vie de notre couple s'est au fil du temps détérioré,
il est devenu indispensable de nous séparer
au moins le temps des vacances. 1999 - Où aller ? Je
ne me décide seulement quinze
jours avant le départ : "Je pars 8 jours, pour
voir !"
Du
moins c'est que je dis, car je doute beaucoup de mes capacités à réaliser
une telle entreprise, je n'ai aucun entraînement, et 47 ans. vers le journal du premier tronçon 2000 - Après la séparation Une
année s'est écoulée, l'inéluctable s'est réalisé, lentement et
douloureusement pour tous. Six mois plus tard, j'ai réussi à organiser ma vie de solitaire, en retrouvant tous les 15 jours mes enfants, puis la moitié des vacances. Eté 2000, quinze jours de solitude s'offrent à moi, aucune hésitation je repars pour retrouver les plaisirs de ce chemin de rencontres Au départ du Puy; le week-end du 15 août, , sont organisés des rencontres et des célébrations pour les familles. Ma famille étant éclatée, ces célébrations ont pour moi un sens bien particulier. J'ai pour a priori que le regard de certains chrétiens sur notre situation familiale est lourd. Mais j'ai au fond de moi une petite idée du regard miséricordieux que Jésus aurait pu nous porter . Avec le prêtre qui bénit le départ des pèlerins, je peux définir le thème de ce nouveau parcours : Je vais en marchant tenter d’accepter la nécessité de la séparation, et prier pour que mon épouse et moi puissions réussir à gérer la haine qui nous guète à chaque instant. (à suivre) 2001 - Boucler la boucle Une
nouvelle année s'est écoulée, j'ai trouvé la force de surmonter l'épreuve,
et j'ai rencontré sur mon chemin de la vie quotidienne mille satisfactions. Les rencontres occasionnent des réflexions sur la définition du vrai pèlerin : celles des pèlerins "à la petite semaine" nous amusent beaucoup.
Les compagnons rencontrés ont souvent de lourds fardeaux à porter. J'écoute,
enfin ! Ils offrent aussi mille joies et bonheurs simples sur ce dernier tronçon. Et
puis, la dernière semaine, "craignant la cirrhose", je m'échappe
enfin pour méditer (qui l'eut cru ?). Au
bord du chemin, j'ai pu rencontrer quelques étoiles (quoi de plus naturel
sur le chemin vers le champ des étoiles ?) : Quelques gascons, béarnais
et basques savent offrir mille plaisirs minuscules à celui qui devient pèlerin. |
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ESPÉRANCE |
Mieux
que l'espoir, à mon sens, l'Espérance consiste davantage à accepter les gens et les
événements. Puis de tenter de construire avec eux le Royaume, ici et
maintenant. |
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RÉJOUISSANCE "Une
joie qui vient de ce que « le Seigneur est en nous et nous aime tout
bas », ; une joie qui vient de la Joie de Dieu en nous, du
bourgeonnement inespéré de Dieu en nous. Joie de proximité, joie de
complicité, joie de discrétion ; joie qui court, joie qui couve :
joie chrétienne. « Réjouissez-vous ! Oui, laissez-moi vous le
redire : réjouissez-vous ! » Laissons le Seigneur lui-même
nous le redire tout bas, à coups réitérés, car nous sommes un peu durs
d’oreille, un peu durs de cœur surtout. La Joie, la vraie Joie, la
pauvre Joie frappe à notre porte : ouvrons-lui, cédons-lui, Frère
François |
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Premier
tronçon : de St-Jean à Saint-Jacques
800 km en 4 semaines.
-
15 juillet, sur le quai de la gare, je m'apprête à prendre le train pour St
jean pied de port.
J'achète le journal local.
Surprise ! Je suis en photo en première page. Nnon ! on n'annonce pas mon départ
"héroïque" vers Compostelle, mais ma présence avec un groupe de
jeunes nazaréens à l'invitation du Président de la République à la
réception de l'Élysée.
La veille en effet, nous participions aux festivités du 14 juillet. Sous les
ors de le République, nous nous sommes régalés aux frais des contribuables
aux cotés des plus hautes autorités de l'État et même du roi du Maroc (dans
dix jours, j'assisterai à la TV à ses obsèques le jour de la fête
nationale espagnole : la Saint-Jacques).
Je disais "héroïque", même si l'idée me trottait dans la tête
depuis un mois, la décision de partir ne date que de deux semaines, à 47 ans
sans entraînement physique, je doute énormément de ma capacité à aller au
bout d'un tel périple. Mes angoisses vont m'empêcher de dormir pendant quatre
nuits. Je n'avais guère de chance de réussir.
Ce n'était pas une hallucination cette photo dans le
journal, j'étais bien sur le quai de la gare avec mon sac à dos, et je partais
pour la première fois seul à 47 ans. Durant mon enfance mes vacances se
passaient souvent en famille ou avec les copains, ma jeunesse je la passais à
animer et diriger des centres de vacances, puis j'avais rencontré mon épouse.
J'avais beau chercher c'était bien la première fois que je partais seul. A ces
angoisses, s'ajoutait le sentiment de culpabilité de laisser mon épouse (mais
depuis longtemps elle réclamait de pouvoir être enfin seul pour souffler) mais
surtout vis à vis de mes enfants avec qui je passais habituellement les vacances
scolaires, le plus jeune avait 13 ans.
Tout est en ordre, j'ai dit à Christine, mon épouse, que je partais pour voir
"le chemin de Compostelle" au moins huit jours, et que j'irai peut-être
jusqu'au bout. Christine me dit qu'elle ne veut pas de coup de téléphone, je
lui réponds que je prendrais des nouvelles des miens tous les 48 heures auprès
de mes enfants qui seront en vacances chez mes parents, puis dans ma
belle-famille.
- 16 juillet, Premier départ
Dés l'aube je quitte le refuge communale de
Saint-Jean-Pied-de-Port, un salut au barbu hirsute qui trône au-dessus dès la
porte de la ville qui mène vers la route Napoléon. Mais j'ai décidé de ne
pas prendre la route, je tiens à faire les sentiers, je laisse donc la route
Napoléon pour prendre un chemin balisé, au bout d'une heure j'arrive dans un
village, je commence déjà à m'alimenter, je me renseigne auprès d'un
habitant, qui me dit que je suis à Saint-Jean-Pied-de-Port. Je me dis que la
commune doit être grande, je comprendrais dans quelques minutes que je me suis
égaré et que je suis revenu à la case départ sans
toucher 40000 F. Un peu plus loin sur le sentier je croise un jeune belge
rencontré la veille au refuge, qui apparemment s'est aussi trompé. Gautier, la
trentaine, est parti du Puy-en-Velay, il est psychologue à Bruxelles, je fais
confiance à ce grand gaillard qui a déjà 750 km dans les pieds, et je me
laisse guider car il a aussi décidé de prendre les sentiers. En une bonne
heure de marche je lui ai déjà raconté ma vie, je suis très fier de pouvoir
mettre mon pas dans le sien malgré mon manque d'entraînement. Nous nous retrouvons
dans une forêt sur une colline très pentue dans un épais brouillard, Gautier
trouve "l'atmosphère mystique". Le chemin a disparu dans la forêt,
nous avons perdu les balisages, nous rebroussons chemin, il décide de remonter
sur la crête, je ne peux le suivre, et décide de me reposer pour reprendre mon
souffle. Je tente bien de le rattraper, je me retrouve, dans des champs de fougères,
sur des pentes raides et toujours dans l'épais brouillard. Je panique un peu, ne
connais pas du tout cette montagne. Est-elle dangereuse ? Je suis sans
carte, me suis laissai guider sans visualiser de repère. Je réussis à
regagner une route, ne sais où je suis, le brouillard s'est un peu dissipé, il
est déjà midi, je n'ai aucune idée des difficultés pour franchir le col de
Roncevaux. Je repère un village dans la vallée, pense qu'il est plus prudent
de le rejoindre et coucher au gîte. Je redescends, je croise une marcheuse
handicapée qui continue de monter, je me sens ridicule, et trop orgueilleux
pour l'interroger sur l’itinéraire. Arrivé au village, je trouve le gîte
il est complet, peu expérimenté par la débrouillardise, je dois me résigner
à revenir à Saint-Jean. Souhaitant préserver mes forces pour le lendemain
afin de franchir cette étape que l'on dit la plus difficile du chemin, je
reviens tout honteux en taxi.
J'en profite pour visiter la ville très touristique, l'église
Saint-Jean- le-Baptiste, je suis très intrigué par un objet sculpté exposé
devant une statue de la Vierge intitulé "Renoncement". Je n'arrive même
pas à trouver de sens à ce mot, moi qui finis par prier pour justement ne pas
renoncer à ce chemin mythique
Je partais en agnostique, lorsque je remplis une nouvelle
fois ma fiche pour coucher au refuge communale, sous la rubrique sur le sens du
pèlerinage, hier je marquais "spirituel", aujourd'hui je coche
"religieux". L'expérience de cette journée me dit que si je veux
aller jusqu'à Compostelle, je vais avoir besoin d'aller chercher la foi de
mon enfance.
- 17 juillet, Nouveau départ de Saint-Jean-Pied-de-Port
Nouveau salut à
la statue hirsute. Depuis, j'ai appris qu'il s'agissait de Jean-le-Baptiste prêchant dans le désert. M'appelant Jean et n'ayant pas, parmi
les multiples saints Jean, de patron désigné, je le choisis comme mon
saint patron et le prie de m'aider à ne pas renoncer. Je lui demande de m'aider à relever le défi d'aller jusqu'à
Saint-Jacques-de-Compostelle : pour
prouver à Christine, mon épouse, que je suis prêt à l'impossible pour tenter
de retrouver des relations acceptables : réaliser ce périple de 800 km, c'est
tenter d'obtenir à nouveau un peu de crédit à ses yeux et d'espérer
son pardon.
Les renseignements sont précis aucun risque de se perdre, je
n'ai qu'à suivre la route Napoléon. La grimpette est bien raide, je suis parti
seul parmi les premiers du refuge. Quelle chance de m'être perdu hier dans
le mauvais temps, car
aujourd'hui le ciel est découvert, le soleil va être de la parti. Les paysages
sur la vallée encore sous la brume sont splendides. Je vais assister à mon
premier lever de soleil au-dessus des Pyrénées. La tentation est grande de
mettre en pratique le premier rite initiatique du pèlerin de Compostelle de
Paulo Coelho. J'avais vu un jeune lire
ce livre dans le train. J'avais lu l'Alchimiste, je ne savais que l'auteur avait
écrit un ouvrage sur Compostelle. J'ai pu me le procurer la veille à mon
retour à Saint-Jean, en même temps qu'une carte pour ne pas me perdre une
nouvelle fois.
Un peu plus loin, dans la montée vers Roncevaux, j'arrive enfin
devant la statue de Marie annoncée par la carte. Si je me sens encore indigne de
porter le titre de pèlerin, il est désormais clair que je vais marcher
en puisant dans la foi de mon enfance. Je vais pouvoir à mon tour la prier pour
qu'elle m'aide à relever mon défi. Je l'aperçois de loin, un berger garde ces
brebis à ses côtés. A quelques pas de la statue de Marie, pour la prier je me
dissimule derrière un rocher et prend la position de la graine morte, c'est un
peu dans l'état psychologique que je suis. Je réserve à plus tard des
tentatives pour déployer mon pauvre corps à la lumière du soleil, pour
symboliser la croissance d'une jeune pousse, d'une nouvelle vie, peut-être à
Compostelle ?.
Je me relève le berger a disparu, je distingue mal la Vierge
elle semble porter un enfant sans tête. Les larmes me montent aux yeux, je
m'approche, oui l'enfant est bien décapité. Pour Christine je suis tel cette enfant sans tête, et pourtant la Vierge
continue de porter stoïquement l'enfant. Cette statue sur ma route au départ
tumultueux me fait signe. La Vierge Marie, symbole dans ma religion, de
la femme parfaite est capable de porter cette enfant sans tête est pour moi
source d'un grand apaisement. Je m'indigne tout de même des iconoclastes. Aux
pieds de la Vierge quelques jardinières ne contiennent que des bouts de tiges
desséchées. Je m'étonne qu'au début de ce célèbre chemin aucune bonne âme
n'ait songé à donner plus de prestance à cette humble statue (dans deux ans
j'apprendrais que le dimanche suivant le quinze août à l'occasion de la messe
des bergers elle est refleurie).
Tu t'indignes Jean, mais toi qu'es-tu capable de faire ? Une
fois n'est pas la règle, je vais cueillir quelques fleurs simples qui
subsistent sur ce plateau venté, et les déposer dans la triste jardinière. La
plus simple des simples, la plus commune, elle te représente peut-être une
fleur jaune de pissenlit ; une petite fleur mauve elle va représenter tes
erreurs, tes pauvres conneries à offrir et à se faire pardonner ; et une
pâquerette et ses pétales blanches elles représentent ta famille et tes amis
pour qu'ils t'accompagnent par la pensée sur ton Chemin qui commence ici.
Je n'avais guère le choix, je n'ai guère réfléchi en cueillant
ces trois pauvres fleurs, mais je viens de confier ici quelques cogitations qui ont
alimenté la suite de ma montée vers le col de Roncevaux. Le résultat de ces
cogitations est inscrit dans ma mémoire à jamais. Le Chemin est bien commencé
c'est un bien un long travail qui va s'opérer dans ma tête. Ce n'est que
quelques jours plus tard que je découvrirais que l'humble mais lumineuse fleur
de pissenlit, ressemble bien à un soleil, le soleil de ma fausse modestie, pas
facile à gérer tous ça !
Cette Vierge de Biakori est donc mon point de départ, je
suis à mille lieues de me douter que j'y
reviendrais dans deux ans pour terminer mon pèlerinage.
Toujours en montant, je baragouine quelques instants avec un américain quinquagénaire qui va jusqu'à Santiago. A la source de Rolland, un couple de marseillais s'émerveille de la fraîcheur de l'eau, "C'est vraiment bien organisé, ils ont mis une glacière pour qu'elle soit si fraîche". Je souris à son humour, mais sa réaction me laisse entendre qu'avec son look de motard tatoué il est persuadé de ce qu'il vient d'avancer. Heureusement, que sur le chemin nous croisons quelques touristes pour nous ramener les pieds sur terre.
Plus tard, deux jeunes suisses aperçus au refuge hier soir, me rejoignent. Nous faisons connaissance, nous ne savons pas encore que nous nous retrouverons souvent d'ici Santiago. Je me surprendrai parfois à les "paterner". Jérôme et Marc sont frères, leurs parents grec et italien, l'un est orthodoxe, l'autre catholique. Ils ont presque l'age de certains de mes enfants 16 et 22 ans.
Après la descente vertigineuse dans la forêt où l'on imagine sans peine les Basques déferlant sur les troupes de Rolland, c'est sans difficultés que j'ai rejoins ce qu'il reste de la vaste et moyenâgeuse abbaye de Roncevaux. L'arrivée sur le site est un spectacle inoubliable.Le soir à Roncevalles je peux participer à une messe, suivie d'une bénédiction des pèlerins dans la magnifique abbatiale, c'est une célébration qui se vit et ne peut se raconter.
C'est une année jubilaire, beaucoup de pèlerins cyclistes
espagnols partent d'ici afin d' arriver pour la Saint-Jacques, le refuge est
bondé, l'accueil spartiate et froid. Au restaurant où un repas du pèlerin est
servi, je rencontre Evelyne et Cécile, une mère psychologue et sa fille lycéenne,
parisiennes, c'est leur point de départ, je les retrouverais quelques fois
jusqu'à Santiago, elles prendront le bus de temps en temps. A chacun son chemin
...
Etape suivante : La
descente vers Zubiri
J'accompagne un bon
moment une jeune parisienne Marie, dans la pénible descente rocailleuse elle
descend en sandales je m'en étonne. Elle a les pieds en sang et ne supporte
plus ses chaussures de marche. Elle me demande de la laisser je ne le reverrai
pas. Au moment de traverser une route à un carrefour une voiture espagnole me
force le passage de colère je donne un coup de pied dans la carrosserie. Le type
s'arrête, descend de sa voiture, et tente de me frapper, des marcheurs espagnols
s'interposent. Je suis vraiment fatigué comportement idiot, entraîne réaction
stupide.
Au refuge communale, je découvre la première de mes ampoules au
pied, elles ne ne me lâcheront pas jusqu'à Santiago. Au refuge
communal, je suis logé sur le sol d'une petite chambre entre d'un côté
deux très jeunes et jolies autrichiennes et de l'autre de jeunes et
beaux espagnols. Je fais fais vraiment figure de vieux c.. au beau milieu de la
chambrée. Je dors un peu mieux, mais ce n'est pas un sommeil suffisant pour récupérer
des trois journées de marches et trois nuits d'insomnies. Je dois être
dans un triste état.
Vers Pampelune
:
étape de récupération
Au matin, je
décide de ne pas partir à l'aube, et d'attendre le départ de tous. Il valait
mieux car dans le refuge déserté, je retrouve mes affaires aux quatre coins de
l'appartement : brosse à dent dans la cuisine, vaisselle dans la salle de bain, j'en passe et des meilleurs. Cela devient inquiétant,
je me promets qu'à
Pampelune je ferai la pose nécessaire pour me faire refaire une santé.
Un quinquagénaire, Christian
ayant repéré mon état de fatigue m'attend à la sortie de Zubiri. Christian
est conseiller d'éducation à Poitiers, nous avons beaucoup de problèmes en
commun, même age, des problèmes avec nos conjoints mais lui a demandé le
divorce que sa femme refuse, nous nous racontons nos vies, nos croyances. Nous
nous retrouverons souvent jusqu'à Astorga. Je reviendrai plus tard sur ce
personnage prolixe. Le chemin n'est pas seulement pas un itinéraire c'est avant
tout des rencontres, des expériences sur la nature humaine.
(à suivre)
Été 2000
Deuxième tronçon : du Puy-en-Velay à Cahors
380 km en 2 semaines
Été 2001
Troisième et dernier tronçon : de Cahors à St-Jean-Pied-de-Port.
Départ le 30 juillet de Cahors
4 aout : Lettre à mon fils de 16 ans : mes dernières 24 h sur le chemin
Salut mon grand ....,
Après 6 jours de marche vers la fin de mon pèlerinage commencé en 99 je ressent beaucoup d'émotions. Et la bonne fatigue accumulée m'aide à éprouver de vrais moments de bonheur sur ce chemin. Je crois me souvenir que l'an passé tu n'avais pas reçu mon courrier. En marchant ce matin, j'ai, je crois, trouvé quelques mots pour compenser le manque que tu as eu le courage de me formuler ces derniers mois. Des gens ont écrit des livres sur le chemin de St Jacques. Ils sont souvent érudits sur l'histoire, les paysages, les monuments, les légendes. Ses livres permettent aux touristes de s'extasier sur ce chemin mythique. Ce que les livres ne pourront jamais exprimer aux lecteurs, aux touristes, aux randonneurs de passages, et mêmes aux grands marcheurs c'est la qualité et la richesse des rencontres que peut faire celui qui est devenu pèlerin. J'étais loin d'être un pèlerin quand je suis parti en 99. J'étais curieux de découvrir ce chemin mythique. Il était surtout indispensable que je laisse Christine vivre une séparation temporaire qu'elle réclamait. Je partais au moins 8 jours pour voir, plus si je m'en sentais capable. Une foi acquise durant mon enfance me faisait croire à la possibilité du miracle. Secrètement j'espérais qu'après avoir fait ce chemin, qu'après ces dernières années de vie commune faite de déchirements, une vie de couple acceptable serait à nouveau possible. Mes prières furent vaines en tout cas irréalistes. Mon parcours solitaire de l'an passé consistait davantage à accepter le bien fondé de la séparation, car ni l'un ni l'autre étions préparés ou destinés à une telle épreuve, j'ai aussi cherché à formuler ce que pourrait être une véritable Espérance. Mes rencontres sur le chemin de ma vie quotidienne à Saint-Nazaire me permettent aujourd'hui d'écrire que l'Espérance consiste davantage à accepter les événements et les autres et de tenter de vivre avec eux quelques idéaux.
Cette année je me suis donné comme objectif de me réjouir sur le chemin de cette dernière année où j'ai malgré l'épreuve réussi à retrouver une activité normale, et connaître quelques moments de bonheur affectif auprès de ma nouvelle compagne, bref en 2 mots : "J'ai repris goût à la vie". Je me réjouis d'avoir pu puiser au fond de moi ces ressources difficilement soupçonnables. Il me faut ces moments de marches et de réflexions solitaires entrecoupées de rencontres pour être capable de formuler ces impressions. Je vois le bout de mon chemin, je deviens pèlerin tous les jours un peu plus. J'apprends à écouter la lourde vie que porte certain. J'arrive cette année à leur dire trois mots d'encouragement en parlant des difficultés du sentier, et qu'ils doivent compter sur leur propre force. Et je les laisse partir seuls à la rencontre d'eux-mêmes et d'autres marcheurs. J'ai vécu ainsi en cette fin de semaine des moments inoubliables. Je découvre en écrivant ces lignes que ce doit être cela le métier de "péridural" [jeu de mots d'Eric et Ramsi = père idéal]. C'est beaucoup moins facile aujourd'hui, surtout lorsque que les gens bien intentionnés (voir chanson de Brassens) cherchent à empêcher les pères d'exercer leur rôle.
Ces formulations me deviennent possibles après 1200 km de marche, car dénudé de tout ce qui encombre notre vie quotidienne, nous sommes ainsi à égalité avec les inconnus qui cheminent à nos côtés. Voilà ce que m'inspire le chemin d'aujourd'hui à l'heure où la fraîcheur est revenue. Ces joies exprimées plus haut ne sont pas le lot quotidien, elles sont possibles peut-être parce que nous vivons aussi parfois quelques moments de galères. Il m'est impossible de tout te raconter, je partais pour te raconter mes dernières 24 heures et je me suis embarqué dans une introduction bien longue..
Hier à cette heure, j'étais à Lectoure, très belle petite ville, le gîte communal étant complet, j'ai du être hébergé au presbytère. Le programme : douche, lessive, sieste, messe, course pour le lendemain car pour le soir des "hospitaliers" bénévoles et anciens marcheurs se chargent de tout. Ils se relaient une quinzaine de jours chacun pour nourrir les pèlerins et entretenir le refuge. Au dîner, nous étions une dizaine dont une seule cycliste. Ce matin les premiers debout, nous sommes partis à 5 h. J'ai marché une petite heure tout seul, j'ai été rattrapé par un dénommé Philippe cuisinier de collège à Paris. J'avais fait sa connaissance il y a 2 jours, il commençait son parcours de l'année à partir de Moissac. Il était comme un jeune chien fou, il était heureux de pouvoir enfin marcher, il attendait ce moment depuis des jours, il marchait à toute vitesse avec des bâtons de ski, partait souvent devant, puis revenait me voir pour me raconter un bout de sa vie, repartait, puis revenait. Il avait une envie folle de parler de me raconter sa vie. Il était maniaco-dépressif, il avait fait un grave délire à l'age de 25 ans (il a 47 ans aujourd’hui) avait fait des séjours de plus d'un an en hôpital psychiatrique. Il avait été marié avec une antillaise et a un fils de 10 ans dont il assure la garde, etc. En 2 heures je savais tout ou presque.
Ce matin je n'ai marché qu'un quart d'heure avec Philippe, nous avons "déconné" en parlant des gens qui étaient à notre table hier soir, notamment la cycliste de 25 ans que nous soupçonnions d'être une emmerdeuse de première. Nous avons rattrapé un gars d'une petite quarantaine d'années nommé Georges, lui je l'avais aperçu pour la première fois, le deuxième jour. Je l'avais réveillé à 6 h. du matin alors que j'ouvrais la porte d'une chapelle abandonnée, il évite les gîtes et se contente de refuge de fortune. Je l'avais doublé hier alors qu'il parlait foot avec un autre nommé Paul. Ce matin j'apprenais son prénom, il nous racontait qu'il avait dormi sous un chêne et que des biches l'avaient dérangé à 3 h. Il est parti de Valence ( ville où est enterré un de tes arrières-grands-pères), il est végétarien (?), RMIisite. Au bout de 5mn il s'est mis de parler de 2 de ces copains alcooliques, de drogue, en 3 phrases avec Philippe, il découvrait que son père prenait les mêmes médicaments que Philippe. Je profitai d'un raccourci repérer sur la carte pour les laisser partir, car ils avaient beaucoup de chose en commun à se partager. Au village suivant, je retrouvais un gars aperçu 2 fois, avec qui je n'avais jamais parlé, Paul, il est de Metz, est parti du Puy en Velay et marche depuis 15 jours, nous n'avons parlé que du chemin, des moments de découragements, des moments de plaisirs, des moments qu'il faut prendre pour récupérer. Je lui ai raconté mes 3 premières nuits d'insomnies quand je suis parti, il y a 2 ans, et de ma journée de récupération à Pampelune à l'hôtel devant l'arrivée du Tour de France à Paris. Son objectif était d'aller à Saint-Jacques, il lui reste à faire 1200 km (que j'ai déjà fait), il reconnaissait qu'il doutait. Après 3/4 d'heure de marche je me suis arrêté pour mon casse croûte de 8h. , je ne l'ai pas revu, je le reverrai certainement demain ou dans 3 ou 4 jours. La pluie s'est mise à tomber, j’ai du sortir ma tunique jaune, c'est un sacré bazar a enfilé avec le sac à dos tout seul. Ce n'est pas tendance mais c'est très efficace. Un peu plus loin j'ai retrouvé mon ami Philippe qui s'équipait pour affronter la pluie, il s'est assagi depuis 3 jours le jeune chien fou a laissé place à un gars beaucoup plus posé. Il a fini par ce mettre à mon pas. Il m'a parlé de ces projets d'aménagement d'une chambre pour son fils. Nous avons pris une variante, le chemin était moins bien balisé. Il s'est mis à tomber des cordes, Paul chantait comme un gamin "c'est ça le bonheur !". Sur le chemin, il y a parfois des chapelles et nous prenons le temps de les visiter, la première ce matin était très sympa, elle était aménagée en un luxueux salon tentures, peintures, nous étions visiblement chez des "bourges", nous avons appelé, personne, et avons passé notre chemin. A la suivante à l'abri du porche se tenait un jeune couple. Philippe est entré dans la chapelle. J'ai discuté un peu avec eux. Ils refaisaient la même chose que moi, car ils avaient déjà fait le chemin Saint Jean - Saint Jacques, il y a six ans en guise de voyage de noce. Je leur ai dit qu'en tant que solitaire, j'admirai les personnes qui faisaient le chemin à 2 ou plus. Je plaisantai en disant que s'il avait réussi à marcher 5 semaines à 2, ils avaient pris une assurance pour finir leurs jours ensemble. Ils m'ont dit qu'on les avait prévenus que partir à 2 sur le chemin, c'était risqué pour leur couple de jeune marié. Je suis entré à mon tour dans la chapelle très belle dédiée à Ste Germaine, et apparemment très ancienne. Je me suis assis pas très loin de Philippe qui semblait prié. Il y avait des petits oiseaux derrière une statue ça piaillait. Quand Paul est sorti, j'ai pu lire à la lumière d'un cierge un bout d'Evangile de Matthieu. Cette année, j'ai réussi à lire un passage chaque jour. Ce petit livret et une médaille nous avaient été offerts l'an passé par le prêtre après la bénédiction des pèlerins au Puy.
J'avais réservé, la veille, une chambre dans une ferme, nous n'avons pas traîné à midi nous étions arrivés. Philippe a demandé s'il avait de la place pour lui. Il m'a dit qu'il avait repéré une TV et qu'avec un peu de chance on pourrait regarder une cassette. Nous avons bien ri sans préciser le type de cassette (?). C'est deux retraités qui reçoivent les marcheurs dans leur maison, ils étaient âgés et fatigués, une vacancière de Normandie qui campe chez eux a préparé nos lits. C'est un carphanaüm de linge, d'objets de toutes sortes, toutes les portes sont ouvertes. C'est très propre et très sympa, le grand-père nous a offert le café et l'Armagnac qu'il fait lui-même. Je disais à Philippe je ne sais combien ils vont nous demander. Il m'a répondu "Je m'en fou, qu'est ce qu'on est bien ici". J'ai pu prendre l'après midi pour t'écrire le résultat de mes cogitations solitaires. Non sans avoir pris un bain.
Pour la première fois depuis longtemps et grâce à la saine fatigue accumulée cette semaine. J'ai pu connaître un bonheur simple. Prendre un bain et se laisser aller à un petit bonheur : laisser ses pieds hors de l'eau, permettre au tronc (et aujourd'hui il n'est pas des moindres) et la tête de flotter dans la baignoire. Et là, j'ai connu l'extase suprême en étant surpris d'entendre dans mes oreilles sous l'eau, le flux de mon sang battre dans mes artères. Pouvoir se dire que l'essentiel est de vivre, pouvoir entendre ainsi dans mes oreilles noyées sous l'eau la vie qui m'habite, voilà un bonheur simple (telle la première gorgée de bière de Philippe DELERME). C’est aux bonheurs simples auxquels il faut être attentif et jamais en cesser la quête. Puis mon ami Philippe m'a réveillé en me demandant s'il pouvait coucher dans ma chambre car une marcheuse oubliée par l'hôtesse venait d'arriver. Une jeune femme aperçue hier soir dont on ne connaît rien. Nous avons encore "déconné" avec Philippe sur la façon de décoincer cette jeune femme. J'aurai bien envie de te raconter le fabuleux repas qui vient de se terminer à la table des anciens paysans, avec leur petit-fils Nicolas un toulousain qui piaffé d'impatience pour aller au feu d'artifices de Condom avec la normande qui vient depuis 30 ans pour venir passer ici ses vacances dans le Gers. Sans oublier la Parisienne que nous avons réussi à décoincer un peu avec mon ami Paul et l'Armagnac.
Voilà une journée exceptionnelle qui se termine en tentant de parler avec MON grand. Mais aucune des cinquante journées sur le chemin n'a ressemblé à celle-ci. Et chaque journée fût presque aussi exceptionnelle. Je t'adresse un énorme bisou .............
14 août : dernier jour de mon pèlerinage
Je suis arrivé hier à Saint-Jean-Pied-de-Port la boucle est vraiment bouclée. Pour le "fun" je vais monter à l'endroit où j'ai commencé à devenir pèlerin 2 ans plutôt à la Vierge de Biakori. Cette vierge étrange qui portait à l'époque un enfant décapité. J'ai confié mes affaires à Jacqueline, illustre gardienne du refuge, et c'est le sac léger que je reprends pour la deuxième fois la route Napoléon que j'ai l'impression de la connaître par cœur. Ce dernier jour, j'ai l'impression qu'après ces 1500 km, j'ai bien fini par vider mon sac dans tous les sens du terme.
Dans la très raide côte menant au hameau de Hunto, je m'offre le luxe de
doubler une "vttiste" qui fait sa balade du dimanche. En la dépassant,
je lui explique que je fais cela pour la frime, mais que je suis bien incapable
de monter une telle côte sur un vélo. Elle me répond qu’avec de l’entraînement
tout est possible.
Je monte un long
moment avec une très jeune autrichienne dont c'est le premier jour de marche,
elle est très souriante, très bavarde et énormément chargée. Je rejoins également
Alain un allemand quinquagénaire dont on m'a déjà parlé, mais nous sommes
tous les deux incapables de communiquer dans la langue de l'autre. Il me
montrera un arbre superbe avec un fruit étrange. Je cueille un rameau pourvu
d'un fruit, quelques jours plus tard le fruit éclatera et produira deux
graines, je les offrirai à celle qui a bien voulu m'accompagner au quotidien
depuis bientôt un an.
Un peu plus loin,
Florence, une hollandaise rencontrée à Aire-sur-Adour me rejoint, c'est aussi
son dernier jour elle a décidé d'arrêter à Roncevaux. Nous n'avons jamais
vraiment conversé. Apparemment aujourd'hui, cette fille très costaude veut en
découdre, elle marche très vite je m'accroche à ses semelles. Pendant
plusieurs centaines de mètres, elle accélère le pas visiblement pour me semer.
Je n'ai même pas le temps de lui expliquer que je fais les derniers mètres de
mon pèlerinage, et que j'ai des ailes. Elle finit par craquer et s'arrêter, je
continue car la vierge de Biakori est en vue, elle s'y arrêtera peut être
aussi.
Comme il y a deux ans, un berger garde ses
moutons aux pieds de la vierge (voir la photo plus haut). Le temps des simagrées
pour saluer une statue est bien loin, mieux que la statue m'intéresse le
berger. En me dirigeant vers lui je m'aperçois que l'enfant a bien une tête.
Toujours inquiet de mon état psychologique lors de mon départ, il y a deux
ans, je lui demande si l'enfant avait bien perdu la tête. Et il me raconte
l'histoire surprenante de la vierge qui lui a sauvé la vie. La vierge portait
bien un enfant sans tête, mais il y a un an, alors qu'il gardait ses moutons la
foudre est tombée sur la statue, il fut lui-même fortement commotionné.
Depuis la vierge a été remplacée par une statue identique, voilà pourquoi
l'enfant avait retrouvé la tête. Nous avons discuté longuement avec le berger
Michel qui m'a annoncé que le dimanche suivant le 15 août aurait lieu comme
chaque année, ici même, au beau milieu des pâturages la messe des bergers.
Pendant
notre conversation, je cogite et trouve pour le moins extraordinaire ces
coïncidences
: il y a deux ans j'osais m'identifier à cet enfant qui avait perdu
la tête, et aujourd'hui à la fin de mon pèlerinage le même enfant à
la tête sur les épaules. La vierge a été foudroyée, une nouvelle vierge a
été dressée un peu plus loin, portant le même enfant. J'avais de cela vu un
signe : secret espoir qu'une nouvelle femme remplacer la première.
Certainement que l'état de grâce dans lequel je suis en cette fin de parcours, les conditions de vie que j'ai librement choisies à la fin de ce périple, m'ont rendu complètement disponible, attentif, et certainement inconsciemment soucieux de lire un tel message. Finalement, je suis persuadé que ce pèlerinage m'a sauvé, comme la Vierge Marie a sauvé la vie du berger Michel.
Je ne pouvais rêver à une aussi belle conclusion pour ce pèlerinage.
Une conclusion qui n'en fini pas
2 - Ce soir du 14 août, je redescends à Saint-Jean-Pied-de-Port non sans croiser Pierre et Evelyne aperçus depuis plusieurs jours, mais vraiment rencontrés qu'hier. J'ai pu marcher deux heures à leurs cotés. Ils sont de très jeunes retraités, leur couple a vécu pleinement tous les choix de vie que je pouvais avoir à 20 ans. Sans ma foi et ma connaissance de religion, leurs vies additionnées représentent ce que j'aurai voulu vivre, et que j'ai tout de même pu vivre, et qu'il me reste à vivre partiellement : Il était directeur d'école et maire de son village, il vient de prendre sa retraite, ils ont vécu côte à côte deux vies (deux chemins) complètement différents. Pour partir avec lui sur les chemins de Saint-Jacques, elle vient d'anticiper son départ à la retraite en vendant son entreprise. Lui se dit athée, elle se dit croyante non pratiquante. Il en connaît plus qu'elle sur la religion. Avec eux, j'ai pu avec eux trouver des mots pour définir ma foi telle qu'elle est aujourd'hui à la fin de ces 1600 km de marche sur ce sacré chemin. Bref en deux heures nous nous avons réussi à nous dire l'essentiel. Je les retrouverai le soir à Saint-Jean, il était désespéré car il ne pouvait retirer de l'argent avec sa carte pour parti en Espagne, il était dans une colère monstre après le système bancaire français et avait décidé d'abandonner. Au pied du col de Roncevaux, je les retrouve enjoués, sûrs d'atteindre dans un mois Santiago, il est fier de me montrer une pièce de cuir représentant une coquille, elle lui permet de dissimuler une brulure à sa chemise. Le commerçant lui a offert. J'étais ému de les abandonner et d'abandonner ce chemin, ils m'ont confiés leurs coordonnées et j'ai pu depuis établir le contact avec eux, aujourd'hui en écrivant ces lignes, je me dis qu'au seuil d'une nouvelle vie, ils avaient plus ou moins consciemment décidé de marcher sur un chemin de conversion. Mais cela appartient à leur jardin (ou chemin) secret.
3 - En remontant la rue plus touristique de St-Jean-Pied-de-Port, pour rejoindre le refuge, c'est les retrouvailles avec Paul, Philippe, Aude, Jérôme et Franz, je les avais largués depuis plusieurs jours. Quel bonheur !
4
- Et Jacqueline qui me fait l'honneur de m'offrir le Ricard dans son appartement
personnel. Où cette femme peut-elle trouver tant d'énergie pour accueillir
avec autant de joie et de simplicité les pèlerins inconnus d'un soir?
Je perçois une immense pudeur sur sa vie personnelle. Un mois plus tard
j'apprendrais d'un collègue basque de Saint-Nazaire les croix qu'en son temps
elle a dû porter.
5 - Au repas des retrouvailles (mais aussi d'adieu car tous se sont fixés des objectifs différents sur le chemin français d'Espagne) s'est joint un jeune parti de Paris qui chaque jour fait des étapes entre 30 et 40 km. Il me laissera son adresse Mèl. Depuis avec Marc que je soupçonne d'être bardé de diplôme nous échangeons des Mèl forts intéressants sur le sens du chemin de Saint-Jacques mais aussi sur le sens du vrai chemin de la vie quotidienne.
6 - Ma célébration d'action grâce le 15 août, ce fait avec une communauté qui vit des moments forts, cette célébration revêt un caractère particulier. Mon état d'esprit et la force de la prière de l'assemblée, me permet de goûter un de ces moments faits d'éternité, j'arrivais même à trouver du sens au texte très complexe de l'apocalypse de Saint-Jean concernant la Femme. Ce jour là, et j'ai vraiment eu le sentiment d'avoir une petite idée très charnelle sur le sens de la Résurrection symbolisé par l'Eucharistie. Et pourtant de nombreux chants étaient en béarnais ou basque, autant dire du chinois.
7
- La semaine suivante, nouveau départ avec deux de mes enfants, mais cette fois
sur le GR10 (il traverse dans la longueur la chaîne des Pyrénées) bien
entendu à partir de Saint-Jean-Pied-de-Port, mais pas question de prendre le chemin de
Saint-Jacques. Le sujet est trop tabou pour mon épouse Christine et
je
ne veux en aucun cas la provoquer.
Et pourtant erreur ou acte manqué ... Le chemin ne veut pas me lâcher...
(à suivre)
Été 2002
Je n'en ai pas fini avec le chemin, je
viens d'acquérir une maison en ruine au bord du GR655, j'ai de quoi bricoler
pour plusieurs années pour la retaper.
Nous tentons de créer une association des chemins vers Compostelle dans notre
département.
Après trois années de marche sur les chemins de Saint-Jacques cette année, j'irai marcher 3 semaines en Afrique pour découvrir ce continent et surtout connaître d'autres hommes et leurs cheminements.
Dans ma maison en 2003, j'espère pouvoir accueillir les marcheurs vers Compostelle, "à l'image" (certainement modeste) des familles de l'hospitalité Saint-Jacques d'Estaing ou des Ballenghien à Flamarens.
24 Juillet 2002,
Dans ma maison en ruine,
dont je suis propriétaire depuis à peine une semaine, je n'ai pu offrir qu'un
verre à mon premier pèlerin. Gérard a la cinquantaine. Il est "RMIste" depuis 6 mois. Ce breton a
décidé de partir de Brest. Il s'est fixé pour objectif d'atteindre Santiago.
Aujourd'hui il rêve de continuer ensuite le chemin vers Rome. Sur un marché, un
africain lui a offert un superbe bourdon sénégalais. Il est d'ailleurs fort
bien équilibré.
Eté 2003
Le refuge gîte fonctionne enfin...
Louange et action de grâce
En 2004, à son arrivée à Compostelle un pèlerin québécois reçu à mon refuge m'écrit : "... Ne soit pas inquiet, les chemins de nos vies réservent toujours des surprises à qui est à l'écoute de son coeur et ouvert aux autres. Prends juste le temps de l'écouter pour toi et la lumière viendra". Oui, le temps des ténèbres semblent disparaître... Profitons de la lumière présente, aujourd'hui et maintenant, pour témoigner :
Il y a 6 ans ce 15 août, je revenais dans ma famille après 800 km de marche pour nourrir un vain espoir. Ma famille ne s'était pas réveillée pour venir me chercher à la gare, j'avais bien téléphoné... mais la réponse de Christine m'avait obligé à rentrer en taxi... impossibilité de célébrer l'Eucharistie en l'honneur de l'Assomption de la Vierge.
Depuis Pâques 2004, la route fut longue et parfois pénible, mais que de chemin parcouru, il faut dire que je me suis bien entouré : un psychothérapeuthe-prêtre, un psychiatre, une accompagnatrice spirituelle... un groupe de prière de la Communauté du Chemin Neuf...
Il y a quelques mois, j'ai pu lancer dans la nuit mon filet au plus profond des eaux, et y faire la pêche miraculeuse. J'ai déposé les poissons sur le bord du lac et à l'exemple de Pierre et des fils de Zébédée décider de suivre Jésus. Quel bonheur de pouvoir vivre une telle guérison-délivrance, de pouvoir louer le Seigneur de ses bienfaits, de chanter le Magnificat (pour l'avoir vécu dans ma chair)... et de rendre grâce autour de l'Eucharistie.... d'avoir envie de témoigner que le Christ est bien ressuscité par la tendresse d'hommes et de femmes appartenant à l'Eglise.
15 Août 2005
N.B. : Tous les prénoms et villes des personnes citées ont été modifiées, toute ressemblance avec des personnes portant de tels prénoms serait fortuite.
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