Aux chercheurs de belles histoires ?

Il existe certainement une multitude de belles histoires mais il faudra aux marcheurs (qui finissent souvent par devenir pèlerins) passer du mythe à la réalité.

Il y a les histoires racontables, et il y a l’histoire intime avec soi-même que la pudeur nous oblige à garder. Parfois, certains pourront confier des bribes de cette histoire intime à un inconnu qui restera peut-être un inconnu.

Voici en quelques phrases glanées 
quelques perceptions du pèlerinage d'aujourd'hui :

Un point commun pour les marcheurs au long cours : ils vivent une période de passage qui leur permet de se dépouiller et de prendre du recul.

Le chemin ne permet pas de prendre de décision pour sa vie car nous sommes en dehors de la vie. Le chemin peut nous préparer avant de prendre des décisions importantes.

On part sans savoir ce que l’on va trouver, mais tous y trouvent ce qu’ils sont prêts à trouver. Il y a ceux qui partent en cherchant quelque chose qu’ils ne trouvent pas et ceux qui partent sans chercher et qui trouvent.

On y rencontre :
beaucoup de couples ou de personnes seules qui font cela au moment du départ à la retraite ;
beaucoup de jeunes qui vont entrer dans la vie active.
des personnes seules qui viennent de vivre une séparation : disparition ou divorce ;
quelques groupes qui marchent ensemble quelques jours.

Il y a des temps où l’on peut parler à des inconnus.
Il y a des temps où l’on acquiert la capacité d’écouter.

"Pèleriner en solitaire c'est l'occasion de découvrir l'urgence des autres, indispensables à la survie sur le chemin.
C'est parfois aussi entendre le murmure de la présence de l'Autre, et susciter le désir de mieux Le connaître pour savoir le servir... pour percevoir enfin le salut ici et maintenant."

Il y a ceux qui s’y préparent un peu trop. 
Certains sont amenés à abandonner leurs illusions et doivent parfois la mort dans l’âme rentrer chez eux, car l’imprévu est inexorablement présent.

Il y a ceux qui n’ont pas préparé qui espèrent se préparer sur la route. Ils partent avec beaucoup de doutes jusqu’au moment où ils savent qu’ils iront au bout.

Il y a ceux qui vont au bout de quelques jours apprendre à se laisser porter par le chemin. 
Mais ils n'errent  pas sur le chemin, car ils savent où ils vont.

Nous ne sommes pas coupés de la société, car toute la société est sur le chemin. Mais tout le monde a le même « uniforme » le même équipement qui est réduit à l’essentiel.
Même si on est seul on y est toujours accompagné.

A côté de quelques marchands du temple, il y a aussi des pèlerins « à la petite semaine » (souvent en groupe). Certains croient avoir lu tous les bouquins. Ils n’auront même pas le temps de découvrir que nul ne peut tout savoir sur ce qui peut se passer au plus profond durant ce chemin.
Il y a les gentils conseilleurs. "Il faut....."
Peut-être qu'il faut ne jamais dire "Il faut ..."

Il y a des temps de fête, des moments de souffrances et des moments de bonheur faits de mille plaisirs minuscules.

A un certain moment, certains découvrent aussi qu’il faut repartir cheminer 
sur le vrai chemin : la grand route de la Vie.

Il y a ceux qui savent écrire, 
ceux qui savent discourir
 et ceux qui apprennent à vivre des bouleversements intimes.

Toutes les histoires belles ou moins belles sont sacrées. Au sens des chrétiens une seule chose est sacrée : « l’Homme, car lui seul est image vivante de Dieu ».

Jean-Jacques