Quelques éléments du journal
de Jacky reçus le 14 février 2002
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Bien Cher Jacquet, Je suis un ancien pèlerin
à pied et j'ai fait un journal de mon pèlerinage, rien de plus émouvant, des
photos, une multitude de souvenirs
et de nombreuses anecdotes gravées à jamais dans ma mémoire. A l'âge de 61 ans,
j'ai donc fait le chemin de Saint Jacques de Compostelle à pied au cours de
l'année sainte en 1999. Je
suis parti seul de Saint Jean Pied de Port et je suis arrivé à Santiago après
25 jours de marche. D'après le guide Millan Bravo, ce parcours représente 754
km, mais enfin il n'y a pas de kilométrage exact, car pour d'autres, la
distance voisine les 8OOkm. J'ai effectué ce
parcours en 2 fois : - du lundi 07 juin
au vendredi 18 juin 1999, soit 12
jours. Je me suis arrêté
à CASTROJERIZ, après avoir parcouru 317 km. A partir de la seconde étape,
j'ai marché avec 2 amis formidables, qui s'étaient rencontrés la veille et
dont je conserverai toute ma vie un excellent souvenir. Claude, 56 ans infirmière
suisse de Lausanne, très pieuse, très attentive, qui a beaucoup souffert de
blessures aux pieds et Xavier, 24
ans espagnol natif de Galice expatrié et travaillant en Suisse
à proximité de Lausanne. Malgré notre différence d'âge, Xavier est
un jeune, comme on aimerait beaucoup en rencontrer aujourd'hui. Indépendamment
de ses qualités, il maîtrise parfaitement le français comme l'espagnol, sa
langue maternelle, mais aussi l'anglais.
Ceci a facilité nos échanges avec
les autres, lorsque cela devenait trop compliqué pour nous. Nous avons cheminé,
sans négliger nos autres frères
pèlerins et sans la moindre distinction. Toutefois, notre petit groupe s'est
plus particulièrement lié d'amitié avec 2 couples espagnols d'Avila,
des personnes vraiment formidables. Ayant programmé de limiter mon trajet à
Burgos où au maximum à Castrojeriz, j'ai dû quitter mes fidèles compagnons
avec le plus grand regret. Nous savions marcher ensemble, nous séparer pour méditer,
nous retrouver avec joie aux points d'arrêt ainsi qu'à
la fin de chaque étape. Si nous pouvions, nous allions ensemble nous
recueillir à la messe du soir. Nous savions aussi partager, nos joies, nos
peines. A l'exemple, le 14 Juin 1999, je vois encore Xavier arriver, épuisé
quelque temps après moi au refuge
de San Domingo de la Calzada, pour avoir voulu me suivre. Il voulait
joindre sa souffrance à la mienne et
le cas échéant m'aider si nécessaire à achever
cette longue étape sous une
chaleur torride. Je voulais impérativement offrir à ma soeur, que j'aimais
beaucoup ma solidarité dans son combat contre la mort pour le jour de son
dernier anniversaire, parmi nous sur cette terre. Xavier, ne m'avait rien dit,
il me suivait à bonne distance et
à son arrivée il m'a révélé sa solidarité, j'en avais les larmes aux yeux.
Avec tristesse, mon épouse, m'avait appris par téléphone à Puenta La Reina
que ma soeur atteinte par la maladie, n'avait plus de nombreux jours à
vivre et mes 2 compagnons étaient au courant. Claude, à son plus vif regret,
s'était arrêtée une journée à Logrono chez un évêque à la retraite,
qu'elle connaissait, elle a
vraiment tenu à nous rejoindre, en
voiture, avec l'aide et la bénédiction de ce prélat. Elle en pleurait lors de nos
retrouvailles. A part l'étape de
Saint Jean Pied de Port à Roncevales où la pluie tombait intensément, le
temps a été généralement beau et même très chaud certains jours. Le
lendemain, consécutivement à la pluie, la seconde étape de Roncevalés à
Larrasoana a été très difficile. Nous avions l'impression d'être dans les
rizières et comme l'écrivait un journaliste, qui avait dû rencontrer une
situation similaire sur ce chemin, il disait, " que c'était le Vietnam
moins les mines". Dans cette comparaison, j'ai pensé que ce jour là il y
avait une part de vérité. - du Samedi 11
Septembre au jeudi 23 Septembre 1999 arrivée à Santiago à 9h30,
soit 13 jours, après avoir parcouru les 438 derniers kilomètres. Conscient
"du travail" inachevé, lors de mon arrêt, j'avais programmé mon
second départ vers le 10 Septembre
1999, c'était facile de le dire, mais c'était plus difficile de le faire,
tenant compte en supplément des événements qui ont bouleversé ma famille. Dans ces
conditions, le soir du jeudi 9 Septembre 1999, j'ai emprunté le train au départ de Paris et
je suis arrivé à Burgos le lendemain en fin de matinée. Merci
à ce monsieur espagnol membre des amis du chemin
de Saint Jacques qui
guettait d'éventuels pèlerins à
la station de bus à BURGOS, il était plein d'attention, il m'a évité de trop
penser et il m'a permis de me remettre dans le contexte. C'est donc bien la
preuve que rien n'est inutile dans la vie. Je suis arrivé à
Castojeriz le vendredi 10 Septembre 1999, à 15h30. Comme le refuge, n'ouvrait
qu'à 17h00, j'ai, décidé de faire un
petit échauffement d'une dizaine de kilomètres jusqu'à un petit refuge à
Itéro Del Castillo. Quel accueil ! Bravo et merci encore. L'accueil était
assuré par 2 personnes : un angevin et un français marié et vivant en
Espagne. Indépendamment du repas offert ; prière communautaire, lavage des
pieds avant le repas et même petit déjeuner du matin offert et préparé par
eux deux, pour plusieurs personnes, malgré
notre départ très matinal. Depuis Carrion
de Los Condé et durant 5 jours, j'ai marché avec Louis et son épouse Marie Hélène
de Lorient, qui récidivaient pour la seconde fois sur ce chemin. De fait, nous
n'avions pas le même objectif, leur souhait principal était de gagner un peu
de temps, pour leur permettre d'aller jusque Padon, alors que pour moi, mon
objectif, après quelques étapes, était surtout d'arriver à destination sans
incident. Mon programme à 36km de moyenne déjà difficile à assurer, pouvait,
sauf incident être respecté, alors pourquoi voudrai-je battre un record. De
plus je ne suis pas sûr qu'ils soient arrivés avant moi à Santiago, car
depuis Vega de la Valcarce et pratiquement sans discontinuer nous avons essuyé
pendant les 6 derniers jours une
pluie torrentielle avec un vent d'une extrême violence. Une véritable tempête.
A ce sujet, j'avais en mémoire, d'avoir mangé un soir avec 2 rennaises à
Carrion de Los Condé et je regrette beaucoup pour elles, qu'une tendinite les a
contraintes à l'abandon à Astorga. C'est donc toujours très difficile à se
consoler dans le cas présent. A partir de
Ponferrada, j'ai souvent marché
seul, toutefois, comme je partais tôt, alors que le jour n'était pas encore
levé, j'ai préféré le plus
souvent commencer l'étape
accompagné de plusieurs personnes, à l'exemple le samedi 18 Septembre 1999, de
Vega de La Valcace à Tricastela où je suis parti avec 2 jeunes filles
espagnoles étudiantes à Barcelone, l'une native de Barcelone, l'autre de
Palamos (Costa Brava). Nous avons gravi l'Océbreiro à une vitesse représentative
d'une unité des chasseurs alpins
français. Après, nous nous sommes quittés et retrouvés à différentes
reprises. Elles ont gardé un merveilleux souvenir de moi et réciproquement.
Elles m'avaient identifié parmi les autres, dont de nombreux jeunes, comme le
français "SYMPA". Dommage, que nous n'ayons pas échangé nos
adresses. En réfléchissant, ce serait vraiment formidable que je puisse
les retrouver un jour. Je suis arrivé ce jour là à Tricastela, à
15h50, il n'y avait plus de place au refuge, ma seule possibilité était
de dormir directement sur le carrelage. J'étais parmi de nombreux jeunes
et certainement parce que j'avais les cheveux blancs, une jeune dame espagnole
barcelonaise a pris pitié de moi et m'a prêté un tapis en mousse pour mettre
en dessous de mon sac de couchage et m'isoler du froid, mais pas de la rigidité
du sol. Cette dame en rentrant le soir et voyant ma situation inconfortable,
a exigé que je prenne son lit et a choisi de dormir
dans de mauvaises conditions dans un lit de 9Ocm avec son mari. Merci, et
aujourd'hui encore merci beaucoup à
tous les deux. A
Gonzar, le lundi 20 Septembre 1999 où j'ai dormi cette fois sur le carrelage,
car à partir de l'Océbreiro, de
nombreux étudiants espagnols font le pèlerinage avant la rentrée
universitaire, d'autant plus lorsqu'il s'agissait d'une année sainte, c'est à
dire lorsque la Saint Jacques tombe le dimanche. J'ai retrouvé ce couple de
barcelonais au bar qui jouxte le refuge, j'ai voulu leur offrir un verre et
c'est à l'avantage de leur maîtrise de la langue espagnole, que j'ai été
battu dans l'accomplissement de ce geste. Le mardi 21 Septembre 1999, lors de
mon étape Gonzar à Mélide, par un temps affreux, je me suis arrêté
inutilement 15 minutes sous un hangar municipal à l'entrée de Palais Del Rey
et j'ai vu arriver ce couple qui, m'a dit en cœur "impoooo...ssible"
c'était bien vrai. Comme tous les jours suivants, nous étions noyés jusqu'aux
os après 1/2 heure de marche. Ce couple est arrivé
un jour après moi à Santiago, j'ai eu la chance de les retrouver sur le parvis
de la cathédrale. Il est également dommage de perdre le contact avec des
personnes aussi remarquables. Qu'est ce que j'aimerais encore aujourd'hui
pouvoir les rencontrer et leur offrir bien sincèrement
ce verre qui couronnerait cette profonde
amitié que je leur porte. Bravo aussi à
ce groupe d'aveugles de Niort et à leurs accompagnateurs, qui par suite de
conditions atmosphériques très difficiles ont dû abandonner à Mélide. Pour
se consoler, ils envisageaient de repartir l'année suivante. L'un de leurs
accompagnateurs était officier de
police français à Niort. Ce policier n'accompagnait pas des délinquants, il
aidait tout simplement des non-voyants avec beaucoup de courage, d'attention et
d'abnégation. Je garde beaucoup d'admiration et de respect
pour ce groupe. J'ai prié pour eux en arrivant à Santiago.
J'ai beaucoup
apprécié l'esprit de pèlerinage en Espagne et
en général le chemin est
bien repéré avec toutefois un manque de rigueur puisqu'il y a des flèches ou
points jaunes à gauche, à droite à des hauteurs très différentes et même
au sol et parfois quelques absences, donc autant de difficultés pour un néophyte
comme moi. Ayant vécu
des moments très intenses, de Saint Jean Pied de Port à Santiago, avant l'été
2000, j'ai voulu partir de nouveau sur les chemins de Saint Jacques, mais
cette fois en France. Je suis donc parti le
jeudi 08 juin 2000 du PUY en VELAY et j'ai dû abandonner à AUMONT
AUBRAC, 4 jours plus tard, après 88
km, le dimanche 11 juin 2000. Le premier
jour, venant d'arriver par le train vers 12h00 à la gare du PUY, j'ai décidé
de marcher jusque Montbonnet, dont le refuge est à conseiller. Dans ce refuge,
un groupe d'une vingtaine d'allemands, originaire de la région de
MUNCHEN, venait d'arriver. Ceux-ci marchaient
3 ou 4 jours sur les chemins de Saint Jacques avec un thème de réflexion.
Bravo, j'ai rencontré de vrais chrétiens, une
entente sans faille, sans distinction de niveau social, c'est à dire du
simple fermier ( l'un avait l'avant bras dans le plâtre)
à l'ingénieur. Plusieurs parlaient un excellent français, je me
souviens, lors de mon arrivée au refuge, avoir pensé que l'une des jeunes
filles était française. J'ai beaucoup discuté ce jour là
ainsi que le lendemain au cours du repas du soir avec un ingénieur, qui
avait fait l'école centrale de Lyon.
Je regrette que nous n'ayons pas échangé nos adresses. En tout cas, les
reverrai-je un jour, je ne sais pas à défaut, je leur
donne pour toujours toute mon amitié. A part ce groupe, nous étions
seulement 2 français dans ce refuge et avons été invités immédiatement à
partager leur repas. Ils disposaient d'un véhicule utilitaire pour assurer la
logistique du groupe. Le lendemain matin, comme je suis parti très tôt, 2
jeunes filles s'étaient déjà levées pour préparer le petit déjeuner des
autres. Elles ont voulu m'offrir également ce petit déjeuner, mais par
politesse, je n'ai pas accepté. Dommage,
dès le 2ème jour, il faisait très froid et rapidement, il a plu et comme j'étais
peu vêtu, j'ai donc pris froid. A tort, le quatrième jour, je me suis engagé sur le chemin
plein de fièvre et en
vomissant, résultat, la ceinture ventrale du sac à dos trop serrée,
je me suis fait un très grosse hernie à l'entrée de Aumont Aubrac.
Pour la saison, la température était très basse, moins de 5° et la neige à
15 km. Trempé jusqu'aux os, comme le refuge n'ouvrait que 3 heures plus tard,
je me suis changé des pieds à la tête dans l'église. Dans ce contexte, j'ai
abandonné. Je suis allé au
restaurant pour m'alimenter et me réchauffer, un jeune homme sympathique
originaire de Chatenay Malabry en région parisienne est venu me saluer et me
conter également sa mésaventure.
Atteint d'une tendinite, apparemment, il était aussi contraint à l'abandon.
Comme moi, il avait une expérience des chemins, puisque l'année précédente,
il était allé de Moissac à Santiago à pied. Dommage, pris par nos problèmes
du moment, nous n'avons pas échangé nos adresses, alors que nous habitons si
près l'un de l'autre et de ce fait, nous aurions pu facilement partager nos idées.
Opéré l'an
dernier de cette hernie, à présent, je m'interroge si je reprendrai un jour le
chemin depuis ce point d'arrêt, car indépendamment de mon état de santé de
l'époque, je n'ai pas retrouvé au
quotidien la même ambiance des chemins espagnols. Pour l'instant, je patiente
et je déciderai donc en temps opportun. Bien
amicalement. J. HUSSON
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